Le rôle si particulier du « prof de sciences »

Cette chronique de Nancy Devaux, alumni du programme Teach for Belgium est parue dans La Libre le lundi 01/03/2021

“Madame, à quoi ça sert d’être vacciné contre le coronavirus si ça n’empêche pas de l’attraper ?” “Madame, est-ce que le Zika ça se transmet par les rapports sexuels ?” “Madame, est-ce que c’est vrai qu’il y a du sperme de taureau dans le Red Bull ?” …

Être prof c’est savoir s’adapter, se renouveler et faire face aux a priori des apprenants quel que soit leur profil. C’est partir de nos aptitudes quotidiennes pour les transposer dans un cadre d’enseignement.

Être prof de sciences c’est savoir faire face à des questions sur l’actualité qui nous impacte tous comme avec la désormais mondialement célèbre Covid-19. C’est également pouvoir répondre à des questions très particulières et parfois personnelles comme celles qui concernent la maladie qui touche l’apprenant personnellement ou d’un proche, la mort, l’intimité, la confrontation de convictions philosophiques/religieuses aux théories scientifiques, … ou encore simplement la compréhension des mécanismes d’apprentissage de chacun pour les mener au mieux vers une réussite. Pour ce faire, la remise en question de ses pratiques pédagogiques, la mise à niveau de ses connaissances, son ouverture d’esprit, se tenir au courant des avancées scientifiques et de l’actualité sont des essentiels du « prof de sciences ». Et n’oublions pas le lien humain qui est dans ma pratique pédagogique le plus important à créer, tout en respectant bien entendu la nécessité de poser un cadre d’apprentissage.

S’il est vrai que l’enseignement des sciences est parfois une tâche ardue tant il faut travailler à déconstruire les idées fausses et les biais cognitifs tout en restant neutre, c’est aussi un défi de chaque période de cours, dans chaque classe, pour chaque apprenant. Un défi qui ne peut être occulté par les enseignants lorsqu’on sait qu’ils ont en charge de préparer les plus jeunes à devenir des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique pluraliste, ouverte aux autres cultures. C’est pourquoi, il est évidemment nécessaire de les mener à avoir un esprit critique sur les informations mises à sa disposition via les divers médias (réseaux sociaux, télévision,…) mais aussi sur les idées fortement ancrées dans le contexte familial et/ou sociétal. A ce titre, il me semble que les sciences ont une place indispensable dans l’enseignement. De plus, la Science fait partie de notre quotidien à tous. De la compréhension du cycle menstruel à la procréation ; de la chimie permettant la production de produits alimentaires à la chimie de l’amour et de la génétique ; de la compréhension des mécanismes climatiques à leurs enjeux ou tout simplement en lisant cet article grâce à vos capacités physiques et physiologiques à la technologie qui a permis de l’écrire et de le publier.

Être femme scientifique et enseignante est un choix que j’ai fait. Ma récompense bien au-delà du salaire est le retour d’élèves qui de part mon enseignement se sont découvert des ambitions, des passions et avant tout du plaisir d’apprendre et j’ose espérer que cela continuera. En effet, la motivation de l’élève est à maintenir dans la ligne de mire de nos actions d’enseignement d’autant plus dans cette crise sanitaire qui affecte fortement et depuis de nombreux mois tous les élèves. Nos jeunes ont besoin de profs de sciences à l’esprit ouvert et critique, capables de se remettre en question et de s’adapter à leurs élèves. Qu’attendez-vous pour vous lancer ?

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